2001. Ritual




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Partice Leconte,
Réalisateur


"Mísia a une frange très graphique. Elle a aussi des gestes. Des postures. Des noirs et des blancs. Des angles et des courbes. Pleins et déliés. C'est pour cela qu'elle fait mieux que de chanter le fado: elle le dessine." [+]


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Ritual (2001)

Présentation de l'Album

Le rituel de rencontre avec les racines du fado a réussi à déterminer ses propres règles. Il reste l'essentiel: l'accompagnement musical traditionnel et le retour des paroliers; pourtant, le pont indispensable entre la cohérence du projet et son articulation avec tout le travail antérieur s'est établi. Il est des ruptures créatrices et le désir, dans la modernité, de défricher de nouvelles voies, parmi le patrimoine traditionnel se maintint.

Soyons clairs: retourner à "l'orthodoxie" du chant avec guitare, viole et basse ne signifie pas renoncer à la quête de nouvelles sonorités, mais manifeste la nécessité de ritualiser le chant en un imaginaire proche d'un parcours englobant la fin d'un cycle et le début d'un autre. Cependant, revenir à un fado "pré-Amálien" sans exorciser la présence immense d'Amália serait un cérémonial erroné. C'est pour cette raison que, grâce à la distanciation, sans jamais imiter le modèle, Mísia ritualise l'ombre d'Amália en quatre modes différents mais complémentaires.

Premièrement, elle enregistre à nouveau "Lágrima" avec une intensité et une intention nouvelle. Deuxièmement elle chante la perte d'Amália Rodrigues, dans un des titres les plus forts du disque, demandant à Carlos Gonçalves, auteur de la musique de "Lágrima" et le plus grand compositeur de la dernière partie de la carrière Amalienne, qu'il mette en musique le magnifique poème de Mário Cláudio "Xaile de Silêncio", envoyé à Mísia à Londres le jour même de la mort d'Amália. L'élégie "Quel châle de silence tu nous as laissé / Quelle façon si étrange de vivre" prend corps dans le crescendo de la voix et dans la modulation parfaite du vers "Le vol de la plus parfaite des mouettes". Le troisième mode passa par la revitalisation. Mísia chante dans "Mistério Lunar" la musique du fado Mayer d'Armandinho, qu'Amália chantait avec les paroles de Linhares Barbosa, en assumant les transformations d'un autre parolier, João Monge, qui habille une musique reflétant d'étranges réverbérations contemporaines "On dit qu'il y a dans notre solitude une quelconque espérance / Un mystère lunaire". Enfin, Mísia chante une composition d'Amália - le dernier des treizes titres du disque (ou12+1?) - "Vivendo sem Mim", sur une mélodie de Mário Pacheco et un accompagnement au piano qui n'est pas sans évoquer dans l'exceptionnel traitement musical la façon dont Amália répétait au piano, surtout dans la phase Alain Oulman.

Si "Lágrima" (Larme) fonctionne comme le fado "fétiche" de Mísia qui n'a jamais caché qu'il s'agissait di fado qui l'avait convaincue de devenir fadiste (saisissant l'opportunité de le revisiter avec l'accompagnement du compositeur lui-même), "Vivendo sem Mim" est le fado d'Amália qui n'a jamais existé et qui survit dans une autre voix pendant que "Mistério Lunar" recrée un répertoire classique et que "Xaile de Silêncio" est un hommage dans un registre de célébration, non de deuil.

Toutefois, le rituel ne s'épuise pas en cette notion multiple que la modernité du fado commence obligatoirement avec Amália. "Desespero" donne corps à un poème d'Ary dos Santos sur la musique du Fado Zeca et Mísia souligne dans le grain de la voix la violence du texte faisant du vers "J'ai en moi cette rage que m'a donné la grande solitude que j'attends de toi" la clef pour l'explosion finale. "C'est à l'ombre de la haine que je te désire / La voix avec laquelle je t'appelle est le désenchantement / Et la semence que je te donne est le désespoir". La voix est rauque et granuleuse, et possède le texte avec une fureur essentielle sans artifices ni concessions.

L'enregistrement du disque tout entier fut d'ailleurs à l'image de cette "vérité", il fut en effet réalisé avec la forte présence des musiciens (les "amaliens" Carlos Gonçalves et Joël Pina à la guitare et à la viole basse, et le "misiano" Carlos Manuel Proença à la viole de fado) sans recomposition de son, en prises entières, gravées directement dans le studio, devant un vieux micro à lampes (de l'époque Bell).

Du côté du même contexte dramatique de ce que la fadiste, d'une façon peu orthodoxe mais heureuse appelle "fados dans la veine" nous pourrions situer "O Verso em que Peco", d'un parolier populaire, Maria João Dámaso, plus proche d'une veine traditionnellement mélodramatique, (Amour vient me libérer / Avant de m'ensevelir / Apporte le vers que je pêche / dans ta douce voix / Que bénit le péché) et "Não Guardo Saudade à Vida", exemple parfait de la manière selon laquelle ce travail obéit à un rituel initiatique de retour aux sources et d'ouverture au changement. Déjà présenté en concert (sur la musique de Fado Carriche), ce dernier texte a été adapté à la musique du quasi centenaire Fado Saudade à l'occasion même de cet enregistrement. Même la mise en scène verbale de "Mãos que se Desatam" de Manuela de Freitas n'échappe pas à une forte exposition des sentiments.

Parmi les titres du disque, et une certaine façon justifiant l'urgence de ce travail, vient "Cor de Lua", le premier texte écrit par la fadiste elle-même, un fado qui non seulement se réfère au côté éphémère du poème mais comporte également une charge autobiographique qui entraîne le chant et embrase la voix habitée par des fantômes et des symptômes de perte: huit des douzes vers des trois quatrains commencent par le même mot "sans" (Sans fados qui m'apprennent à vivre [...] // Sans croix qui me sauveraient de cette vie). Parmi d'autres images, il y en a une qui revient au titre: "Je suis une toile obscure / Couleur de lune).

Si nous pensons à "Mistério Lunar", aux premiers vers d'un autre texte de João Monge "À Beira da Minha Rua" et au frémissement du chant à capella de "Comme un giron de lune / Au bord de mon destin", nous nous apercevons fatalement de l'importance incontournable des rimes internes.

La "matière lunaire" est présente jusque dans les trois Fados qui composent le "soulagement comique" nécessaire à la concentration tragique dominante; si "Fourmi" accentue son côté divertissement auto-ironique, si "Ainda Assim" se réalise dans la répétition anaphorique de "Ce n'etait pas encore" débutant chacun des douze vers, "Duas Luas" de João Monge annonce également d'autres destinées. Sous la désinvolture de la musique au Fado Magala, il établit une dualité dans les incidences du destin, dissimulée sous la métaphore lunaire: "Je vis avec deux lunes / Dont j'ai fait ma compagnie / Elles vont toutes deux croisées / Et aucune pour m'illuminer".

Cet illusoire ascendant d'une lumière froide des rayons lunaires peut paraître surpenant au sein du plus incandescent des disques de Mísia, celui dans lequel elle assume au plus haut degré la dimension tragique et fataliste du Fado. La réponse la plus plausible se trouvait déjà dans "Garras dos Sentidos" que Agustina Bessa-Luís a écrit sue mesure pour elle, fait d'antithèses et présageant la violence des contradictions: "Heureuse adversité / L'amour ce sont des pas perdus / [...] / La fureur soumise / Ce sont de froids rayons de soleil".

De la froideur solaire à l'incandescence lunaire, il n'y a qu'un pas que ce "Ritual" finit par franchir. La saveur nocturne de ce chant ardent qui brûle comme les rayons de lune, ou le savoir désenchanté de l'inexorable perte de l'amour obsèdent comme une blessure qui fait mal avec "une joyeuse inconscience de vivre" (paraphrasant le grand Fernando Pessoa, poète sans égal de nos misères ataviques) et la douloureuse "conscience de cela".

Mário Jorge Torres / Traduit par Béatrice Ferenczi

Note

"...c'est un disque qui montre le parcours effectué. Faire, défaire et refaire, en sachant qu'il n'y a pas d'art pur et que chaque artiste doit avoir son univers propre. Mon enfer et mon paradis, ma vie et ma mort sont contenus dans ce disque. Mon Fado..." Mísia

Télérama FFFF, France.


Tracklisting

Durée totale: 46'06

01. Não Guardo Saudade A Vida (3'52)
02. Xaile De Silêncio (3'17)
03. Duas Luas (2'50)
04. Desespero (3'45)
05. Decisão (3'49)
06. Cor De Lua (3'32)
07. Formiga (3'02)
08. O Verso Em Que Peco (3'58)
09. Lágrima (5'06)
10. Mistério Lunar (3'54)
11. Ainda Assim (3'03)
12. A Beira Da Minha Rua (2'20)
13. Vivendo Sem Mim (3'42)

Extraits Audio

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Photos

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© Augusto Brázio



Vidéos

Clip Vidéo "Duas Luas" réalisé par Patrice Leconte